Lectures·Littérature classique

[Critique] Sade ou l’apogée du vice

Les Cent Vingt journées de Sodome ou l’école du libertinage, Sade, bibliothèque de La Pleiade,  ed. par Michel Delon et Jean Leprun, 2014, 1152 p.

 

Sade est un auteur autant controversé qu’apprécié. J’ai toujours aimé ces écrits, menés avec philosophie et talent. On m’a offert justement, l’édition de la Pléiade, sortie en octobre qui regroupe Justine ou les malheurs de la vertu, Les Cent Vingt journées de Sodome ou l’école du libertinage et La Philosophie dans le boudoir. C’était une bonne occasion pour voyager une nouvelle fois dans la société libertine du XVIIIe siècle. Ayant déjà lu ces deux dernières œuvres, je m’attendais à une description divertissante d’une pratique secrète et pourtant si mise en évidence. Quel fut mon choc à la lecture de ce roman, si l’on peut l’appeler ainsi. Le vice, poussée à son extrême n’est que liste d’un esprit torturé et barbare.

 

Les cent vingt journées de Sodome met en scène quatre amis qui décident d’enlever des enfants et de créer une communauté coupée du monde où la sexualité est explorée de façon brutale et élargie. Des hommes d’un certain âge, qui, pour premier crime (bien qu’ils en aient commis pleins durant leur vie) se partagent leurs filles respectivement en les faisant épouses de leurs amis mais aussi ont le droit de jouir d’elle, bien qu’ils n’aient pas attendu cela pour le faire. L’enlèvement, la séquestration, le viol et la domination sont les maîtres mots de cette cruelle peinture. Cette œuvre est la description d’un quotidien d’une société semblable à une secte sur plusieurs mois.

Parmi cet amas de lubricités on retrouve une structure d’œuvre, une volonté de mise en place d’une pyramide de l’importance de la barbarie. Les journées sont en quelque sorte les chapitres (il y en a donc cent vingt), chacun décrit la journée type que vivent les quatre amis avec leurs victimes accompagné du récit d’une femme dont la vie ne fut que désirs et soumission. Si on prend la Duclos, dans la première partie met en scène des récits de sa jeunesse en tant que « putain » dans un bordel qui est ensuite entretenue par un homme avide de scatophilie. Piété, pitié, gentillesse et tendresse ne sont pas de la partie. Une violence inouïe inonde le texte et autant les gestes et paroles que les quatre protagonistes principaux.

Une œuvre à ne pas mettre entre des mains fragiles et ne doit pas être lue par une âme sensible. Une censure rendue publique sur des pratiques intimement fantasmées.

Citation :

« Ce propos-là n’est pas d’un libertin, dit Durcet. Et comment est-il que vous puissiez être heureux, dès que vous pouvez vous satisfaire à tout instant ? Ce n’est pas dans la jouissance que consiste le bonheur, c’est dans le désir, c’est à briser les freins qu’on oppose à ce désir. Or, tout cela se trouve-t-il ici, où je n’ai qu’à souhaiter pour avoir ? »

Un soupçon de philosophie dans un récit non-conventionnel, la marque de Sade et son sadisme assumé.

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