Petits billets d'humeur

La lecture, une pratique au dessus des autres

     Je n’ai pas l’habitude de poster des billets d’humeur mais je pense que c’est un sujet que je me dois d’aborder : les genres littéraires et le jugement que l’on peut porter dessus. Autrement dit, « tous les livres » peuvent-ils faire partie de la littérature ? 

     Je me souviens de réactions lors de mes études en Lettres et c’est à partir de cela que je vais écrire cet article puisque j’ai fait une Licence et un Master en Lettres Modernes (sans me vanter non plus, c’est pour expliquer). Quand je suis arrivée à l’Université, je trépignais d’impatience puisque j’allais pouvoir étudier la littérature comme je le concevais, connaître énormément d’œuvres et faire ce que j’aime faire depuis que je suis enfant : lire. Commencer par les classiques me paraissait évident. Mais j’ai vite déchanté. J’avoue être restée sur ma faim.

     Pourquoi ? Tout simplement parce que cela n’a pas totalement répondu à mes attentes. Bien sûr, je ne parle que de mon expérience personnelle et mon ressenti dans ce cursus précis et non en général. J’ai appris beaucoup de choses, j’ai fait des études qui m’ont captivé et que j’ai adorées. J’ai pu acquérir pleins de connaissances en matière d’étude de textes et d’histoire littéraire, mais pas en terme de littérature contemporaine. Si, plus tard, on a eu des cours de littérature contemporaine, mais cela restait toujours la littérature contemporaine légitime, autrement-dit, la plus abstraite qui soit (pour moi).

     On a passé des heures à discuter sur « qu’est-ce que la littérature ? » sans n’avoir aucune réponse convenable. Pour être claire, je sais que c’est une notion compliquée et je ne critique en rien le nombre incalculable de réflexion à ce sujet. Mais j’avoue être restée comme incomplète puisqu’à part les classiques nous n’avons pas étudié d’autres œuvres. Je ne peux même pas parler de genres, puisque cette question aussi est très épineuse. Qu’est-ce que j’aurais voulu voir ? : Comment se construit un genre ? Ses caractéristiques, ses limites ? Et pas seulement les genres comme le naturalisme mais vraiment les genres de soi-disant, « para-littérature » tels que le fantastique, la fantasy ou la science-fiction.

     Je vois venir certaines critiques que j’aurais pu et que je me suis déjà faites à moi-même : « tu aurais pu le faire de ton côté, en dehors de ce que tu étudiais. » ; « les études c’est quelque chose d’autonome. » ; « rien ne t’empêchait le lire à côté ». Oui toutes ses réflexions je me les suis faites et elles n’ont servi à rien. Je suis allée voir de mon côté, j’ai travaillé ce qui m’intéressait de mon côté, mais je ne trouve pas ça juste. Je prends le risque de dire que oui, je ne suis pas pour cet élitisme littéraire qui sévit encore aujourd’hui.

     Malheureusement, en sortant de Licence j’ai été conditionnée et je me suis mise à penser de la même façon : la littérature non légitime n’est pas de la vraie littérature. Mais j’avais tort, et durant ces trois années je suis passée à côté de pleins de choses merveilleuses.
Quand mon copain s’est remis à lire par du policier je me suis surprise à lui dire que ce n’était pas de la littérature et que les auteurs classiques étaient bien plus enrichissants. Et j’avais tort encore une fois. Et puis un jour je me suis dit « pourquoi pas ? ». J’ai sauté sur une œuvre dite de « para-littérature » comme j’en lisais quand j’étais plus jeune ; je suis retournée dans ces mondes imaginaires. Et j’ai dit oui. Pourquoi son contact avec la littérature ne peut pas se faire avec des auteurs tels que Maxime Chattam comme il s’est fait pour moi avec Harry Potter ?

     Pour illustrer ce sentiment, je terminerai sur un seul exemple :

Lors de mon master, j’ai dû faire un mémoire de recherche pendant deux ans. J’ai choisi d’étudier la figure du vampire en littérature, chose qui me tenait vraiment à cœur. Seules deux personnes (en plus de certaines autres après coup) m’ont soutenue. J’ai eu droit à beaucoup de doutes, de critiques et de comparaisons avec des sujets beaucoup plus « classiques ». Oui, j’avais choisi de m’écarter du chemin tracé des sujets, oui j’ai choisi d’étudier un genre mal vu et j’ai bien fait. C’est quelque chose que je ne regrette pas. Si c’était à refaire, je le refaire pour sûr.

     Pendant ces deux ans j’avais l’impression de toujours devoir me justifier, comme si le choix de mon sujet importait plus que mes recherches elle-mêmes. On ne me demandait plus « où en sont ces recherches ? » mais « pourquoi ce sujet la ? ». Je remercie d’ailleurs beaucoup mon directeur de m’avoir suivie jusqu’au bout sans douter de moi.

     Mais ce que je trouve encore plus bizarre, c’est qu’à l’intérieur du cercle universitaire, mon sujet était mal accueilli en général (certaines autres personnes étaient pour, cela-dit) alors qu’à l’extérieur tout le monde trouvait ce sujet intéressant et voulait en savoir plus. Mon entourage était très enthousiaste et j’ai même distribué mes travaux pour qu’ils le lisent. Nous avons débattu et je leur ai fait découvrir des œuvres qu’ils ne connaissaient pas, quelque chose dont je suis assez fière, je l’avoue.

     Tout ce gros pavé pour dire que je ne comprends pas cet état d’esprit, cet élitisme littéraire. Un livre est formé de papier, d’encre et de mots. Les classiques sont des œuvres sur le même papier écrit de la main d’auteurs qui n’étaient pas des Dieux. Les classiques sont devenus classiques avec le temps, à leur époque ce n’était qu’un roman/recueil/manifeste/essai (barrer la mention inutile) parmi tant d’autres. Alors, pourquoi juger ce qu’untel lit ? Pourquoi dire que ce n’est pas de la littérature, notion totalement abstraite qui n’a pas de définition ni de limites propres ? C’est pourquoi, suite à ce billet j’ai décidé de continuer ce que j’avais fait avec la chick-lit, essayer de faire découvrir des genres qui sont aux marges de ce que l’on considère comme de la littérature légitime. J’essayerai de faire découvrir des genres faisant partie de la littérature de divertissement, tout aussi riche en interprétation que n’importe quelles œuvres de Balzac.

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6 réflexions au sujet de « La lecture, une pratique au dessus des autres »

  1. Effectivement, les classiques deviennent des « classiques » avec le temps. Mais je pense qu’ils ont autant d’importance parce qu’on les resitue toujours dans leur contexte historique et social. Quand Maupassant publie certaines de ses oeuvres, c’est pour critiquer la société, pour faire réagir. Parce que l’époque le permettait. Quand il raconte ses voyages, c’est parce que l’on était dans une époque où le monde entier était à découvrir.

    D’autres auteurs n’ont pas eu de succès à leur époque et en ont maintenant parce que l’époque a changé.

    Mais ils sont des classiques parce qu’ils ont marqué un genre littéraire, ou une époque. Ils ont façonné la littérature, et ont donné une orientation à ce qui se fait maintenant.

    Aujourd’hui, je pense que notre société évolue beaucoup trop vite pour que certaines œuvres deviennent les classiques de demain. J’ai l’impression qu’on est dans le « vite lu, vite oublié », parce que dans un mois sortira un autre bouquin qui ressemblera à celui que l’on vient de terminer et ainsi de suite.

    D’où ce besoin pour certains de se raccrocher aux « classiques », pour se rappeler et comparer. Et donc d’en faire un élitisme.

    Je pense que c’est ça qui permet à certaines personnes de dire qu’il y a la littérature classique ou la « vraie littérature », et le reste. Mais ce n’est pas ça qui doit dicter nos envies de lire. L’important est de lire, peu importe ce qu’on lit. Les débats entre « vraie littérature / littérature poubelle » ne sont qu’une perte de temps. Libre à nous, à toi, de nous tourner vers tous les genres qui nous plaisent et d’en parler autour de nous.

    Je ne sais pas si mon bla bla est très clair ^^

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  2. Hello !
    Je suis contente que tu aies fait ce billet d’humeur car il représente vraiment une réalité universitaire : j’ai la chance de travailler sous la tutelle du spécialiste français de Tolkien qui accueille bien tous les sujets (j’ai beau avoir choisi un sujet classique, j’ai une amie qui a voulu travailler sur le vampire également, puis qui a opté pour Frankenstein et la figure du monstre en littérature, un camarade sur la saga du Trône de fer, un ami sur la schizophrénie de Gollum, un autre sur la poésie chez Tolkien, etc.) mais aucun autre professeur, par exemple, n’a su de quoi je parlais quand j’ai voulu citer Terry Pratchett en exemple.
    Et, comme tu le dis si bien, on a beau être en « littérature moderne », on n’est jamais allé au-delà du XXe siècle en cours. Je ne dis certes pas d’y consacrer des cours entiers si on n’a pas forcément le temps/le budget de le faire (bien que ça me semble être une excuse un peu facile), mais pourquoi ne jamais les proposer en exemple, voire les dédaigner totalement si jamais on a l’audace (!) de les citer en dissertation ? Ces exemples sont-ils moins valables parce qu’ils sont populaires ? Tant qu’ils sont bien amenés, bien utilisés, bien expliqués et qu’ils illustrent parfaitement notre propos, je ne vois pas pourquoi ils auraient moins de poids qu’un exemple plus classique. Le seul exemple de littérature de l’imaginaire que j’ai jamais pu faire accepter dans une dissertation est L’Histoire sans fin de Michael Ende : je suis très fière d’avoir pu le citer ainsi mais seul cet auteur canonique qui a écrit au siècle précédent sera accepté alors que l’œuvre de Terry Pratchett, par exemple (encore lui, désolée, une passion-pas-si-cachée^^) est toute aussi intéressante et un parfait vecteur d’idées !
    En tout cas, merci beaucoup pour ton témoignage, qui n’est pas si isolé que ça 🙂

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    1. Coucou 🙂

      Merci pour ton témoignage, vraiment. Ca me rassure de savoir que je ne suis pas seule… C’est dur de voir comment on arrive à être « formés » pour partir sur le même chemin. Et quand on souhaite s’y écarter pour étudier d’autres littératures on est vus comme des personnes inaptes à étudier les lettres. L’ouverture d’esprit dans tout ça ? Une très grande ambivalence quand on prône l’ouverture d’esprit, la raison et la réflexion grâce à la lecture…

      En tout cas, merci pour ta réponse. Je n’ai jamais lu Pratchett mais j’en ai bien entendu parler. Par quelle oeuvre me conseillerais-tu de commencer ?

      Aimé par 1 personne

      1. Ah, Pratchett, je ne saurais que trop le recommander ! Son œuvre phare, ce sont Les Annales du Disque-Monde qui se déroulent dans un univers fantasy complètement loufoque et se moquent justement des codes de la fantasy mais aussi de beaucoup de petites « défaillances » de notre monde. C’est très très drôle et pourtant, en même temps, l’univers est attachant^^ Après, c’est une trentaine de tomes, donc ce n’est pas à lire en un week-end mais les histoires, bien que voyant parfois revenir certains personnages récurrents, forment chacune une unité donc pas de frustration et il est tout à fait possible de lire dans le désordre ! D’ailleurs, si tu veux que je te conseille un tome, ce ne serait pas le premier mais Mortimer, dans lequel la Mort souhaite prendre des vacances et engage donc un apprenti. Le personnage de la Mort est l’un des plus connus du Disque-Monde, qui revient souvent, tu pourras donc ainsi le connaître un peu 🙂 Voilà, j’espère que tu auras l’occasion d’y jeter un coup d’oeil et que tu m’en donneras des nouvelles (je guetterai un éventuel article dessus, si jamais… :p).

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      2. Oh, celui que tu me décris me tente vraiment beaucoup 😮 Je vais surement essayer de le lire assez rapidement ! Je t’en donnerai des nouvelles 😉

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